le_cercle_des_eplucheurs_171323_LMary Ann Shaffer & Annie Barrows

Publié chez NIL et 10/18

2009

390 pages

Résumé:  Janvier 1946.  Tandis que Londres se relève douloureusement de la guerre, Juliet, jeune écrivain, cherche un sujet pour son prochain roman.  Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d'un inconnu, natif de l'île de Guernesey, va le lui fournir?  Au fil de ses échanges avec son nouveau correspondant, Juliet pénètre un monde insoupçonné, délicieusement excentrique; celui d'un club de lecture au nom étrange inventé pour tromper l'occupant allemand.  

De lettre en lettre, Juliet découvre l'histoire d'une petite communauté débordante de charme, d'humour, d'humanité.  Et puis vient le jour où, à son tour, elle se rend à Guernesey...

 

Mon avis: Cette fois contrairement à l'été 2009, j'ai adoré ma lecture.  Comme quoi les états-d'âme y sont pour beaucoup dans l'appréciation d'un roman.  Étant incapable d'en faire une analyse comme il se doit, j'ai choisi certain de mes extraits 'coup de coeur'.  J'avais tellement de 'Post-it' que j'ai dû choisir..  

Alors j'y vais par les petits extraits qui m'ont donné raison d'apprécier ce roman épistolaire.

p. 19 - La façon dont Juliet fait la connaissance du premier intervenant de l'île de Guernesey.  Un heureux hasard qui passe par un livre:

"Chère Miss Ashton,

Je m'appelle Dawsey Adams et j'habite une ferme de la paroisse de St.Martin, sur l'île de Guernesey.  Je connais votre existence parce que je possède un vieux livre vous ayant jadis appartenu, Les Essais d'Elia, morceaux choisis, d'un auteur dont le véritable nom était Charles Lamb.  Votre nom et votre adresse étaient inscrits au verso de la couverture.

Je n'irais pas par quatre chemins: j'adore Charles Lamb.  Aussi, en lisant morceaux choisis, je me suis demandé s'il existait une oeuvre plus vaste dont auraient été tirés ces extraits.  Je veux lire ces autres textes.  Seulement, bien que les Allemands aient quitté l'île depuis longtemps, il ne reste plus aucune librairie à Guernesey.

* * *

p. 61 - Une lettre de Juliet à Amélia:

 " Je vous joins un exemlaire de la biographie d'Anne Brontë dont je suis l'auteur, afin que vous puissiez constater que je suis capable d'écrire des textes très différents.   Elle ne s'est pas très bien vendue - pas du tout, en fait -, mais j'en suis bien plus fière que je ne le suis d'Izzy Bickerstaff s'en va t'en guerre. (un peudonyme que Juliet signait pour ses chronique dans un journal 'Le spectator' durant la guerre)

Je me suis attachée à Amélia durant tout le livre...

* * *

p. 74 - Pourquoi le cercle littéraire a vu le jour:

"Merci d'avoir considéré mes réserves avec un tel sérieux.  Lors de notre réunion d'hier soir, j'ai parlé de votre article pour le Times à tous les membres du Cercle et j'ai engagé ceux qui le désiraient à correspondre avec vous, pour vous parler des livres qu'ils ont lus et du plaisir que leur ont procuré ces lectures.

<...>

Dawsey vous a dit que le Cercle a été crée pour tromper les Allemands et les empêcher d'arrêter mes convives - à savoir lui-même, Isola, Eben Ramsey, John Booker, Will Thisbee - lors d'un dîner, et que c'est notre chère Elizabeth McKenna qui a inventé cette histoire sur le moment, bénies soient sa vivacité d'esprit et sa langue déliée."

* * *

p. 79 - Des informations sur Anne Brontë.  Ici, j'écrirai la lettre au complet.  Savoureuses!  

17 février 1946

D'Isola Pribby à Juliet, 

Chère Miss Ashton,

Ça alors.  J'apprends que vous avez écrit un livre sur Anne Brontë, la soeur de Charlotte et d'Emily.  Amelia Maugery, qui sait ma tendresse pour les soeurs Brontë - les pauvres petites - m'a dit qu'elle me le prêterait.  Dire qu'elles étaient toutes poitrinaires et sont toutes mortes si jeunes!  Quelle tristesse.

Leur paternel était un sacré égoïste, pas vrai?  Il ne s'intéressait pas du tout à ses filles et passait son temps enfermé dans son bureau à beugler qu'on lui apporte son châle.  Il ne se levait jamais pour se servir seul.  Et il restait assis dans sa chambre pendant qu'elles tombaient comme des mouches.

Leur frère Branwell ne valait guère mieux.  Toujours à boire et à vomir sur le tapis.  Elles devaient sans cessse nettoyer dans son sillage.  Joli travail pour de grandes dames de la littérature!

À mon avis, avec de tels hommes à domicile et aucun moyen d'en rencontrer d'autres, Emily a dû créer Heathcliff de toutes pièces! Et quel beau boulot!  Les hommes sont plus intéressants dans les livres qu'ils ne le sont en réalité.

Amelia nous a dit que vous aimeriez en apprendre davantage sur notre cercle littéraire et sur ce qu'il se dit lors de nos réunions.  J'ai fait une intervention sur les soeurs Brontë, une fois - c'était mon tour de prendre la parole.  Je regrette de ne pas pouvoir vous envoyer mes notes sur Charlotte et Emily, je les ai utilisées pour allumer ma cuisinière.  Il ne restait plus de papier dans la maison.  J'avais déjà brûlé mes annuaires des marées, l'Apocalypse de Jean et l'histoire de Job.

Vous voudrez sans doute savoir pourquoi j'aime ces filles.  J'aime les histoires de rencontres passionnées.  N'en ayant jamais vécu moi-même, je peux à présent m'en faire une idée.  Au début, je n'ai pas aimé Les Hauts de Hurlevents, mais à la minute où le spectre de Cathy s'est mis à gratter la vitre de ses doigts osseux, j'ai senti ma gorge se nouer, et le noeud ne s'est pas relaché avant la fin du livre.  J'avais l'impression d'entendre les sanglots déchirants d'Heatchliff à travers la lande.  Je ne crois pas qu'après avoir lu un auteur de si grand talent qu'Emily Brontë, je serais capable d'éprouver du plaisir à relire Malmenée à la lueur de la bougie de Miss Amanda Gillyflower.  Lire de bons livres vous empêche d'apprécier les mauvais. 

Et maintenant, je vais vous parler de moi.  Je possède un cottage et une petite exploitation voisins du manoir et de la ferme d'Amélia Maugery.  Nous vivons toutes deux au bord de la mer.  Je m'occupe de mes poules et de ma chèvre, Ariel, et cultive mon jardin.  J'ai également un demoiselle perroquet à charge.  Elle s'appelle Zénobia et elle n'aime pas les hommes.

Chaque semaine, je vends au marché mes conserves, mes légumes et les élixirs que je concocte pour restaurer l'ardeur masculine.  Kit McKenna, la fille de ma chère amie Elizabeth, m'aide à préparer mes potions.  Elle n'a que quatre ans et doit monter sur un tabouret pour remuer le contenu de ma marmitte, mais elle fait néanmoins beaucoup d'écume.

Je n'ai pas un physique très plaisant.  J'ai un grand nez - que je me suis cassé en tombant du toit de mon poulailler -, un oeil qui a tendance à fuir vers le haut et des mèches rebelles qui refusent de se laisser aplatir.  Je suis grande et charpentée.

Je vous écrirai à nouveau, si vous le désirez.  Pour vous parler de la lecture, qui nous a bien remonté le moral quand nous étions occupés.  La seule fois où les livres ne nous ont été d'aucune utilité, c'est quand Elizabeth a été arrêtée par les Allemands pour avoir caché un pauvre travailleur esclave polonais et l'ont envoyée en prison en France.  Aucun livre n'a pu me réchauffer le coeur après ça, et pour longtemps.  J'avais toutes les peines du monde à me retenir de giffler tous les Allemands que je croisais.  Je l'ai fait pour Kit.  Elle n'était qu'un tout petit bout de chou et elle avait besoin de nous.  Elizabeth n'est toujours pas revenue.  Nous sommes inquiets à son sujet.  Remarquez, ça ne fait pas longtemps que la guerre est finie, il est encore possible qu'elle revienne.  Je prie, aussi, parce qu'elle me manque affreusement.

Votre amie, Isola Pribby

* * *

 p. 92 - De Juliet à Isola - 28 février 1946

Chère Isola,

Un très grand merci pour m'avoir parlé de vous et d'Emily Brontë.  J'ai ri en lisant qu'elle vous avait saisie à la gorge au moment où le pauvre fantôme de Cathy frappe à la fenêtre.  Elle m'a eue à cet instant précis, moi aussi.

Notre professeur nous avait demandé de lire Les Hauts de Hurlevent pendant les vacances de printemps.  De retour à la maison, mon amie Sophie Stark et moi nous étions lamentées deux jours entiers sur cette injustice, avant que son frère Sidney nous conseille de la boucler et d'en finir avec cette corvée.  J'ai commencé à le lire en fulminant, jusqu'à ce que le fantôme de Cathy apparaisse à la fenêtre.  Je n'avais jamais éprouvé une telle frayeur.  Je ne me suis jamais laissé impressionner par les histoires de monstres et de vampires, mais les histoires de fantômes, c'est une autre paire de manches.

Sophie et moi avions passé le reste de nos vacances à naviguer du lit au hamac et du hamac au fauteuil avec Jane Eyre, Agnes Grey, Shirley et La Châtelaine de Wildfell Hall.

Quelle famille.  J'ai choisi d'écrire sur Anne Brontë, parce qu'elle est la moins connue des trois soeurs et, selon moi, tout aussi talentueuse que charlotte.  Dieu seul sait comment elle a réussi à écrire une seule ligne dans l'ombre d'une femme aussi pieuse que sa tante Branwell.  Emily et Charlotte étaient assez sensées pour ignorer cette femme sinistre, mais pas cette pauvre Anne.  Imaginez-vous cette vieille bique pernicieuse, prêchant que Dieu a volontairement créé la femme pour qu'elle soit faible, douce et un tantinet mélancolique.  C'était tellement plus facile de tenir la maison ainsi. 

J'espère recevoir encore de vos nouvelles, Bien à vous,

Juliet

* * *

Dernier extrait: p. 305 - Pour l'atmosphère ..  juste pour le temps des framboises  (Nous sommes dans la deuxième partie du livre.  Juliet vit maintenant sur l'île)

21 juillet 1946

De Amelia à Juliet,

Chère Juliet,

Mes framboisiers donnent à foisson.  Je récolte ce matin et je fais des tartes cet après-midi.  Viendrez-vous prendre le thé (et tarte) avec Kit?

Amitiés, Amélia

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Voilà!  J'ai vraiment aimé ce roman et je sais que je ressentirai le besoin de le relire tôt ou tard. Je me suis attachée aux personnages et à la vie sur lîle.  J'ai préféré faire parler mes extraits choisis pour démontrer toute la solidarité, les échanges, l'amitié qui font l'essence du livre.  Il y a des bouts plus difficiles, de l'humour aussi.  Précisément à la fin quand Isola se met en tête de noter des FAITS dans le cahier que Sydney lui a offert.  Elle décide de jouer les Miss Marple sur le dos de son voisinage.  C'est très drôle de voir comment elle observe et transforme ces observations en évidence.. enfin...en ce qu'elle croît être une évidence!

À en parler comme ça et en relisant tous ces beaux passages, je ne sais plus ??? je crois qu'il est devenue ex aequo avec 84 Charing Cross Road, mais chacun à son charme! :)

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