9782234071780FSMariapia Veladiano

La Cosmopolite Stock

Littérature italienne

Traduction: Catherine Pierre-Bon

2013

212 pages.

Quatrième de couverture«Rebecca est laide.  Extrêmement laide.  Elle vit, avec prudence et en silence, dans la maison au bord du fleuve, aux côtés d'un père, médecin et trop absent, et d'une mère qui «a pris le deuil à sa naissance». 

Rebecca se tient elle aussi hors du monde, enfermée pour ne pas être blessée, élevée par la sainte et tragique servante Maddalena.  C'est sans compter sur l'impétueuse tante Erminia, qui décide de l'initier au piano.  Rebecca va dès lors concentrer sa vie entière dans ses mains... Une autre vie est possible, un autre langage, une vie à côté.»

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Mon commentaire: Un roman touchant et bouleversant mais attachant.  Je n'ai pu faire autrement (et c'est très personnel) que de comparer l'écriture de Mariapia Veladiano à celle de Suzana Tamaro. Une auteure italienne que j'aime beaucoup.  Justement, parce qu'elles ont ceci en commun:  Le talent d'examiner à la loupe la vérité parfois crue et le mensonge.

Ici, Mariapia Veladiano nous dépeint le portrait de famille de Rebecca avec précision et j'ai vraiment apprécié sa façon de faire, puisque comme lectrice, je ne voyais pas vraiment la laideur de Rebecca. 

D'ailleurs l'auteure n'en fait pas la description, mais tout comme Lucilla, une petite fille obèse, qui s'attache à Rebecca dès le premier jour de classe, je voyais aussi autre chose en Rebecca. Ce qu'on voit avec les yeux du coeur.  Je l'aimais, car Mariapia nous laisse le temps de l'écouter penser.. Il me semble que cela doit demander tout un travail de réflexion pour en arriver à ce résultat.  

   On dit dans l'article de Josée-Anne Paradis (Journal Le Libraire) qu'elle a mis 4 ans à écrire ce livre. 

«Contrairement au conte de 'La Belle et la Bête', l'auteure joue avec la peur de ne pas être aimé, plutôt que celle d'être immonde à regarder.  Elle insuffle de la profondeur à l'enseignement qu'il ne suffit pas d'être beau pour trouver l'amour, précepte qui, dans le conte ancestral, s'envole sitôt que la Bête redevient Apollon.

La bête de ce roman vertigineux, c'est la jeune Rebecca, d'une laideur telle qu'on ne peut se la figurer, au point où ses parents la gardent à l'abri des regards, ne la laissant d'abord sortir qu'à la tombée de la nuit.  Aucun prince pour venir la délivrer de cette maison vide de vie mais pleine de silence, sauf peut-être une fée,  la jeune Lucilla, que Rebecca rencontrera lorsqu'enfin elle ira à l'école.  Et puis, il y a le piano, élément central du roman, par lequel Rebecca, virtuose dès son jeune âge, saura trouver son salut.»

  L'auteure raconte:    «J'ai écrit toute ma vie sans ressentir le besoin de publier.  Cela m'a donné beaucoup de liberté et de temps.  Pour rechercher le son des mots qui conviennent le mieux au récit.  Pour cerner les personnages et respecter leur vie. Il faut du temps pour ça.»

   Puis, posée, elle ajoute que «les histoires proviennent de l'écoute du monde qui nous entoure.  Elle viennent sous la forme d'émotions, de peurs, de désirs.  Ensuite, c'est à l'auteur de mettre ces émotions en mots et de les renvoyer au monde sous forme d'histoires». 

* * *

C'est un bon roman, où l'on entend penser Rebecca.  Heureusement, elle aura des bonnes personnes pour l'entourer. Peu, mais elle en aura.

RT1CAB1DNYDCAO93O72CAHOEMFVCAQ7LRR0CAMGZ3XZCABDKIDUCAC0Y8NWCAPKSLL3CANNEYWJCAZDWX9GCA2Z0QZWCA3D6QGWCAM801JFCAM5GQ1CCAPLOLP5CA7BWVGJCA8BU6S0CAZ7MTJ2Coup de coeur pour moi à cause du travail de l'écriture (Admirable), la musique très présente, les personnes qui entourent Rebecca, Lucilla, Maddalena et la Signora...  et les derniers mots de la fin qui ne dévoilent absolument rien du roman...  d'ailleurs s'ajoute aux silences, des odeurs.. beaucoup d'odeurs.  Une autre raison qui s'ajoute à la beauté du roman.

«Je n'ai jamais utilisé le parfum de ma mère.  Je conserve ses flacons dans ma chambre et la petite Rebby s'amuse à les aligner, telles des ribambelles de fées qui font la ronde.  Il y a quelques jours, elle en a cassé un et son parfum a inondé toute la maison.»

FIN

Extraits:

   «Naître laide, c'est comme naître avec une maladie chronique qui ne peut qu'empirer avec l'âge.  À aucun moment de votre vie, l'avenir ne promet d'être meilleur que le présent, vous n'avez aucun joli souvenir dans lequel puiser du réconfort, vous laisser aller à rêver ne revient qu'à vous faire un peu plus mal.» p.50 

*

   «Il y eut une réunion un soir, quelque temps après la rentrée des classes.

«- Seigneur, il devrait y avoir des lois pour ça.  On ne peut pas mettre les enfants dans une situation pareille.

  - Et nous?  Tout cela est très embarrassant.  Ne serait-ce que de devoir en parler, enfin.

  - Depuis que ma fille a commencé l'école, elle se réveille la nuit à cause de ses cauchemars.

  - Elle ne veut pas que j'en parle, mais la mienne recommence à faire pipi au lit.

  - D'ailleurs, où était-elle jusqu'à présent? Qu'elle y reste! Son père a assez d'argent pour l'envoyer étudier où il veut.

  - Je vous en prie, un peu de silence! dit maîtresse Albertina.

 

  - C'est vrai.  On sait bien qu'il y a des monstres pareils mais ce n'est pas une raison pour...

  - Ce qui est monstrueux, c'est ce que j'entends ici, dit maîtresse Albertina en haussant le ton.  Mais ce n'est pas dans ses habitudes et sa voix déraille.  Vous m'avez invitée ici ce soir sous je ne sais quel prétexte.  Mais jamais, jamais je ne serais venue si j'avais su.  Et si un seul mot de cette abominable réunion sort d'ici, si la petite vient à le savoir, elle ou ses parents...attendez-vous au pire.  J'en sais des choses sur ceux qui sont dans cette pièce.  Ce qui est monstrueux, c'est l'hypocrisie qui vous emboue la langue et le coeur.»  p. 56

*

   «L'après-midi, je courrais au conservatoire, à deux pas de la maison, ponte degli Angeli.  Le conservatoire aussi avait son escalier, mais c'était au grand escalier d'honneur en marbre luisant où vous venait l'envie de danser sur les notes qui descendaient dissonantes et sans suite de trois étages des salles de musique.  Ce désir, je ne le percevais pas alors, mais je sais que je l'éprouvais car aujourd'hui, à chaque fois que je monte cet escalier et démêle la joyeuse pelote de sons qui proviennent des salles, reconnaissant le Boccherini de ceux qui étudient le violoncelle, le Vivaldi des apprentis flûtistes ou le Clementi des premières années de piano, mon pas se fait plus léger et monte en moi un sentiment lointain, une caresse d'enfance, innocente et terrifiante.» p.101

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«Après des études de philosophie et de théologie, Mariapia Veladiano est aujourd'hui proviseur à Rovereto.  Elle collabore également avec les journaux La Républica, Avvenire, IL Regno.  Elle a reçu le prix Calvino en 2010 pour La vie à côté.

« Avec la légèreté et la férocité d'une fable, La vie à côté brosse le portrait d'une famille corrompue par le mensonge.  Mariapia Veladiano comble le silence et les bruits étouffées en donnant voix à la différence. »

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