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«Le temps des plaisirs»

par

Dominique Bertrand

«Il y a comme une paix émanant de partout, jusque des murs enguirlandés, jusqu'au fumet des viandes cuites à petit feu, une paix toute simple, glissée dans les froufrous un peu passés de ma chemise de nuit écossaise et au fond de mes chaussettes de garçon. C'est un calme sorti d'on ne sait où, qui flâne ici et là, du bord des fenêtres au manteau de la cheminée, et qui croustille, mine de rien, sur la pâte dorée des tourtières du Lac Saint-Jean.

 Rien au monde ne saurait mieux se prêter aux grands plaisirs de la vie que ne le fait le temps des Fêtes. Aucune autre période de l'année ne réussit à tirer de moi tous ces trésors d'imagination: je décore en maître, je cuisine en championne et, ma foi, j'aime comme une déesse. Les caresse naissent comme par enchantement, la vie semble plus douce et le froid, dehors, plus amical.

 On croirait le temps suspendu, l'espace d'une semaine, comme accroché à l'arbre odoriférant ou à la couronne de pin. On dirait des êtres autour des aimés dans des reflets de papier qui brille comme une aurore boréale et des exhalaisons de bouquet garni. Pour peu, on dirait l'amorce de la félicité perpétuelle sur fond biblique d'amour universel.

 Et le reste, tout le reste qui n'est pas la voix de Jesse Norman chantant Noël, le tintement des glaçon dans des verres du dimanche ou un petit goût de gâteau aux dattes persistant sur la langue, tout le reste qui n'est pas le pyjama de Noël de ma fille, les draps de flanelle vert forêt ou la cuisinière Fisher Price enveloppée en cachette, tout le reste, quoi, peut bien attendre.

 Il y a bien trop à faire d'ici le retour au travail, comme écouter le vent, tard, dans la nuit, s'engouffrer sous la corniche; comme s'émerveiller devant le sapin illuminé en sirotant un chocolat chaud ou s'embrasser amoureusement sous le gui avant de revoir, pour la vingtième année consécutive, Holiday Inn avec Bing Crosby. Il y a bien trop à faire. Comme vivre, tout simplement, le coeur tout en rouge et or.»

 *

Il était une fois, le billet d'une époque où elle était rédactrice en chef d'un magazine de mode québécois «Clin d'oeil».  Un billet que j'ai toujours conservé et que j'aime encore relire au temps de Noël.  J'avais envie de le partager! :)

 image bertrand

 

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