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triple coeur

Nathalie Leclerc

Leméac

2016

153 pages

Littérature québécoise

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Quatrième de couverture

"Il met à nouveau son pied sur la chaise et un silence se fait entendre.  En guise de rappel, il entame de sa voix-violoncelle Le tour de l'île.  La tête posée contre le mur de la coulisse, je le regarde, et la petite fille que je suis comprend à ce moment précis qu'il est toute ma vie, pour le reste de ma vie."

Lorsque s'éteint Félix Leclerc, en août 1988, sa fille, Nathalie, a dix-neuf ans.  Un pan de son monde s'effondre, drame dont elle met longtemps à se remettre.  Ce livre à coeur ouvert recompose en une mosaïque de tableaux les échos de la peine qui l'a frappée et que l'écriture a en partie consolée.  Ces récits, l'auteure les évoque avec une émotion vibrante et une poésie qui n'est pas sans rappeler celle du grand chantre de l'ïle d'Orléans.  Car, bien sûr, à travers le cours de sa vie personnelle, elle brosse un autre protrait de Félix, empreint d'un amour filial intense et poignant. 

*

Mon avis

Un énorme coup de coeur! Chaque phrase, chaque petit récit m'a captivé.  Sa prose est délicate, concise...  Même les titres qu'elle a choisi sont éloquents.  Si j'ai bien compté, il y en a cent six répartis sur sept périodes de vie.

Nathalie Leclerc sait si bien comment exprimer ses émotions autant joyeuses que difficiles.   Elle raconte sa relation à elle avec son père sans vraiment déborder dans ce qu'était les liens de ses frères envers leur père à eux.  À chacun son 'Félix'.  

Ce n'est pas une vie ordinaire que d'avoir un père populaire.

Autant la grandeur de l'amour qu'elle éprouvait pour son 'héros' comme elle l'appelle, la grandeur de la peine fut tout autant quand il est parti.  

Donc, cent-six textes remplis de nature, de réconfort, d'insécurité, mais aussi d'anecdotes mignonnes ou touchantes. Lire Nathalie Leclerc, c'est comme écouter de la musique.  Elle écrit comme la pianiste talentueuse qu'elle est sans doute.  Parce que oui, elle a appris le piano.

*

Mon anecdote préféré: page 31

La promesse

"Mon père doit nous quitter encore une fois pour une tournée en Europe.  Trois semaines sans lui.  Vingt et un jours.

Pour la fillette de sept ans que je suis, l'éternité serait moins longues.

Ses départs me rendent malheureuse.  J'ai l'impression de laisser échapper un diamant précieux dans l'abîme du monde.  Mon phare disparaît pendant des jours et, malgré ses coups de téléphone tous les soirs, il m'échappe.  Les grésillements de ses appels d'outre-mer me sont insupportables.  Ses phrases sont coupées et je ne comprends pas toujours ce qu'il me raconte.  Alors le vertige me prend.

Je perds pied.

Je suis submergée de tristesse et, pendant ses absences, j'attends.  J'attends patiemment que ce père au regard si tendre réapparaisse dans mon quotidien.

Il essaie d'enjoliver la chose.

Il m'explique que ces grésillements mauvais sur la ligne téléphonique sont normaux.  Il m'appelle de l'Europe et je suis à l'autre bout du monde.  La ligne téléphonique doit traverser l'Atlantique et cette mer est si longue que, parfois, il y a des petits poissons qui mordent le fil et c'est pour cela que la communication n'est pas toujours parfaite!

J'ai cru à cette histoire si longtemps...! "

***

Une histoire qui m'a touché: page 100

Un chant

  "Le soleil est à peine levé.  En sortant du poulailler, mon père aperçoit un autobus jaune qui descend l'allée de notre demeure.  Il reste là, stupéfait par cette visite innatendue, oeufs frais entre les mains.  

Le moteur de l'autobus s'éteint.  Une femme en sort et regarde mon héros.  Elle lui sourit comme une fillette qui n'a pas été invitée à une fête.

"Bonjour.  Les petits seront si heureux de vous rencontrer."

Il la regarde et son visage est tout étonné de voir cette personne débarquer chez lui, comme une fragile perdrix pleine de courage.

-  Peuvent-ils sortir de l'autobus?

Une rimbambelle d'enfants de tous âges se retrouve devant mon père.  Une atmosphère d'un autre monde s'en dégage.  Ils lui sourient.  Quelque chose surprend.  Malgré tous ces enfants, un calme presque sacré subsiste. 

-  Ils vont chanter pour vous et nous vous quittons ensuite.

Mon père hoche la tête.  Il a toujours ce même visage étonnée, mais du regard il acquiesce doucement.  Il me cherche du coin de l'oeil.  Je ne suis pas très vieille, mais je comprends que j'assiste à une rencontre empreinte de délicatesse.

Elle se tourne vers eux et dit Le p'tit bonheur.

Puis, ils font des signes identiques avec leurs mains.  Ce silence sacré se prolonge longuement.

Un secret dévoilé:  ils sont sourds et muets.

Ce moment s'étend entre l'âbime et la cime du monde.  Un silence en cascade de gestes parfaits.

Mon père est ébranlé par le murmure inouï de cette confidence:  ils chantent avec leurs mains."

***

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Née en 1968 à Boulogne-Billancourt, en banlieue de Paris, Nathalie Leclerc a vécu quelques années en Suisse avant de s'installer avec sa famille sur l'île d'Orléans.  Elle s'est occupée activement du patrimoine de son père, notamment à travers l'Espace Félix-Leclerc.

La voix de mon père est son premier ouvrage.

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