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Dominique Fortier

Les éditions ALTO

2018

185 Pages

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Quatrième de couverture

Si, comme elle l'écrit, l'eau s'apprend par la soif et l'oiseau par la neige, alors Emily Dickinson, elle, s'apprend par la mer et par les villes. Figure mythique des lettres américaines, celle que l'on surnommait « la dame en blanc » demeure encore aujourd'hui une énigme. Elle a toujours refusé de rendre sa poésie publique et a passé les dernières années de sa vie cloîtrée dans sa chambre ; on s'entend pourtant maintenant à voir en elle un des écrivains les plus importants du dix-neuvième siècle. Les villes de papier explore son existence de l'intérieur, en mode mineur, à travers ses livres, son jardin et ses fantômes. Autour de moments de la vie d'Emily, Dominique Fortier trace un roman à la fois grave et cristallin, et nous offre une réflexion d'une profonde justesse sur les mondes qui nous construisent, sur les lieux que nous habitons et qui nous habitent aussi.

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Mon avis

Comme vous pouvez comprendre par mes nombreux petits coeurs, j'ai vraiment, mais vraiment adoré ce roman biographique d'Émily Dickinson. Tellement que je ne voulais pas qu'il se termine. (Je vous dirai au bas de mon billet, lequel des classiques que j'ai entrepris afin de ralentir cette lecture enchanteresse pour moi).  

D'abord, je l'ai découvert sur la grande table de ma librairie préférée. (Le fureteur de St-Lambert, pour ne pas la nommer).

  J'ai remarqué la couverture si douce au allure d'un herbier.  Premier attrait, moi qui aime tant les images de botanique. Et, pas que... le titre. Mystère!  'Les villes de papiers', ainsi que l'auteure Dominique Fortier dont j'ai beaucoup aimé son premier roman 'Du bon usage des étoiles'. (Récit historique sur Le Terror qui fût affecté à un voyage vers l'Antartique sous le commandement de James Clark Ross.

Francis Crozier a été nommé commandant du Terror lors de cette expédition, qui a duré trois années de 1839 à 1843. Le mont Terror sur l'île de Ross, découvert lors de l'expédition, a été nommé selon le navire.)

Pour revenir à ce dernier roman de Dominique Fortier, j'ai eu un grand coup de coeur parce que je suis une inconditionnelle de tout ce que je peux apprendre sur Emily Dickinson traduit ou écrit en français. Et ce ne sont pas tant ses poèmes qui m'intriguent, mais la personne.

Comment vous convaincre de lire ce petit chef-d'oeuvre écrit par la plume d'une fée.

J'ai pensé vous écrire des passages que j'ai notés.

Mais avant, j'aimerais souligner que ce qui m'a le plus ravie, selon moi, c'est l'auteure qui a su le mieux démystifier Emily Dicikinson.  De là mon ronron de satisfaction en parcourant son livre.

Curieusement, le poème choisie (qui ressemble beaucoup à un haïku) est le seul d'Emily que j'ai copié dans mon cahier de poèmes, que je transcris parfois aux enfants.  Je le trouve naturellement enfantin et il ouvre l'imaginaire aux enfants, s'il manque un élément.

"To make a prairie it takes and one bee,

One clover, and a bee,

And revery.

The revery alone will do,

If bees are few."

"Il faut pour faire une prairie, un trèfle et une abeille,

Un seul trèfle, une abeille,

Et quelques rêverie.

La rêverie suffit,

Si vous êtes à courts d'abeilles."

Déjà je nous trouvais un goût commun.

Voici comment débute le roman.

"Emily est une ville toute de bois blanc nichée au milieu de prairies de trèfle et d'avoine.  les maisons carrées y ont des toits en pente, des volets bleus qu'on ferme à l'approche du soir et des cheminées par lesquelles il arrive que s'engouffre un oiseau qui volera, éperdu, les ailes pleines de suies, par toutes les chambres. Plutôt que de tenter de le chasser, on l'adoptera pour apprendre son chant.

La ville compte dix fois plus de jardins que d'églises, lesquelles sont toujours désertes.  Dans leur ombre tranquille poussent les campanules et les champignons.  Les habitants se parlent par signes mais, comme chacun utilise ceux de son invention, ils ne se comprennent guère et préfèrent le plus souvent s'éviter.

À la saison froide, Emily se couvre de neige, et les doctes mésanges, de leurs pattes fines, viennent y écrire des poèmes tout blanc." Page 9.

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"Il est stupéfiant que, de celle qui fut l'une des plus grandes poètes de son pays, il n'existe qu'une seule photographie, prise à l'âge de ses seize ans.  Sur ce cliché célèbre, elle apparaît mince et pâle, son long cou ceint d'un ruban de velour sombre, ses yeux noirs largement écartées exprimant une attention tranquille, avec, aux lèvres, l'ombre d'un sourire.  Ses cheveux séparés au milieu sont ramenés en arrière. Elle porte une robe rayée très simple, au col clair, froncée à la taille, et tient dans sa main un petit bouquet de fleurs. Sur une table près d'elle, est posé un livre dont on ne distingue pas le titre.  Il n'y a pas d'autre photographie la montrant plus jeune ou plus vieille, ailleurs ou debout - ou alors elles ont été perdues, détruites.  Elle n'a pas, elle n'aura jamais de jambes. Pour toujours et à jamais, elle ne sera que ce visage. Mieux, ce masque." Page 11.

Un autre passage qui parle de l'enfance d'Emily.  C'est la première fois que j'apprends des traits de son tempérament déjà fasciné par la nature. 

"Un merle se pose sur l'appui de la fenêtre où Emily a semé des miettes de pain.  Il a le ventre semblable à l'une de ces oranges miraculeuses qui gonflent les bas suspendus à la cheminée, la veille de Noël.

Il gobe un bout de pain, puis, en une série de trilles, se lance dans de longues histoires d'oiseau.  Il y est question de vers de terre, d'une oiselle volage, d'un chapelet d'oeufs bleu-vert dont l'un a mystérieusement disparu.  Emily l'écoute, frémissante, tête inclinée de côté, l'oeil brillant.  Elle aussi prend une miette, entre le pouce et l'index, et la porte à ses lèvres.  C'est son repas de la journée."

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Et ici encore à la page 63.  Quelle précaution Emily donne aux menues tâches du quotidien.

"L'hiver, le soleil se couche tôt à Mount Holyoke (au séminaire).  Les jeunes filles prennent leur repas du soir à la lumière des lampes alors que dehors les champs sont plongés dans l'ombre.  Emily a pour tâche de disposer les couverts sur les tables, ce qu'elle fait avec sérieux et application, comme tout le reste.  Elle aime les gestes utiles et répétitifs.  Chaque couteaux, chaque fourchette et une ancre qui la garde à terre."

Aujourd'hui, nous appelons cette manière de faire 'La pleine conscience' et 'La beauté du geste'.

"Les assiettes blanches luisent à la lueur des lampes, il fait bleu foncé dehors, la neige tombe à gros flocons, des peaux de lièvres."

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J'aime son écriture tout en prose, tantôt saccadée, tantôt avec des listes de choses ou de tâches et de l'humour aussi:

"Le Poète, quand il entre dans la salle de classe, a les cheveux tirés vers l'arrière, comme si lui seul luttait contre un vent invisible, ... "

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En terminant, un autre passage de la page 136 cette fois:

"Le monde.  Le monde est petit comme une orange.  Il est incroyablement compliqué et d'une absolue simplicité.  Le monde peut être remplacé, recréé, anéanti par les mots.  Il existe de l'autre côté de la fenêtre, ce qui est une autre façon de dire qu'il n'existe pas.  Ce qui existe: la flamme de la bougie, le chien à ses pieds, les draps de coton, les fleurs de jasmin aplaties entre les pages des dictionnaires, qui dorment entre le mot jardin et le mot journée, les braises dans l'âtre, les poèmes qui palpitent dans le tiroir.  Le monde qui palpitent dans le tiroir.  Le monde est noir et la chambre est blanche.  Ce sont les poèmes qui l'éclairent."

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Ah oui!!! J'oubliais de vous parler de la page 58, pour faire suite à mes questions à propos des oies dans 'Le détour'; billet précédent celui-ci, dans lequel il est aussi question d'Emily Dickinson, on peut lire ceci:

"Il n'y a pourtant ici rien à attaquer, rien à prendre ni à assiéger, à part un troupeau de jeunes oies dont elle fait partie.  Quel est le cours de l'oie sur les marchés? Il ne doit pas être très élevé."

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Le printemps dernier, j'ai regardé le biopic d'Emily Dickinson.  Contrairement à tout ce que j'ai lu sur elle, le film m'a un peu déçu.  Je reviendrai vous en parler plus à fond.

Aussi, entre les pages de Dominique Fortier, j'ai commencé le gros romans de George Elliot.

"Middlemarch".  J'ai eu l'occasion de commander la mini série offerte par la BBC et sous-titrée en français.

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C'est à suivre..

Et ce matin, j'ai commencé la lecture du roman 'La tresse' écrit par Laetitia Colombani.

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D'après les critiques ditirembiques et les premiers chapitres qui sont très accrocheurs, c'est un roman qui me promet un bon moment de lecture.

Un Bonus en plus, hier soir détubait ENFIN la suite de la série de Anne with & 'e'. 

Un pur délice! J'ai écouté les deux premiers épisodes ce matin et j'ai beaucoup aimé.

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