Le ver dans la pomme
Publié chez folio
2008
346 pages
15 nouvelles
Résumé: Ces nouvelles, publiées dans The New Yorker de 1946 à 1978, nous présentent la middle class américaine dans toute sa splendeur. Il est question ici de déracinement physique autant que psychique.
Qu'il s'agisse d'exilés américains perdus dans l'Italie baroque ou de bourgeois rythmant par des week-ends à la campagne leurs vies illusoires, tous les personnages de ces nouvelles cherchent tant bien que mal leur raison d'être dans un monde qu'ils ne peuvent pas comprendre. John Cheever révèle les secrets de famille derrière les façades mais le fait toujours avec humour et fantaisie. Sa plume lumineuse lui a valu d'être célébré par John Updike comme le meilleur styliste de sa génération.
Mon avis: D'abord touchée par la couverture invitante; l'esprit de l'été est bien illustré, un livre dont j'avais juste une envie: l'emporter avec moi et m'y plonger le plut tôt possible.
Mais avant d'entrer dans la première nouvelle, j'aime bien faire le tour. La toute première page; la page titre! Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je m'attarde souvent à cette page. Je la trouve typique et apaisante. Depuis que le livre est livre qu'elle se présente à nous, lecteur, de la même façon. Je tourne et j'aperçois une note intéressante sur l'auteur:
"Écrivain américain, né en 1912 et mort en 1982, John Cheever est surnommé le "Tcheckov des blanlieues". Il s'est attaché à dépeindre cette Middle class sans histoire, quand ses contemporains préféraient décrire la classe ouvrière (Dos Passos, Steinbeck) ou les individus les plus riches (Fitzgerald). Au delà de la condition sociale de ses personnages, tiraillés entre carcan de la norme et désaroi existentiel, le fondateur de l'école dite du New Yorker a imposé sa vision douce-amère du monde, entre acidité et mélancolie, humour et tendresse."
Un jour ordinaire...
"Quand Jim s'éveilla, à 7 heures, il se leva et fit le tour de toutes les fenêtres de la chambre. Il était tellement habitué au bruit et à l'agitation de la ville que, bien qu'il fût arrivé six jours plus tôt dans le New Hampshire, la beauté des matins à la campagne lui paraissait encore poignante et singulière. <...>
Il s'habilla et baissa doucement les stores, de sorte que la lumière ne réveille pas sa femme. Les jours qu'Ellen passait à la campagne, au contraire des siens, n'étaient pas limités. Elle s'y trouvait depuis le début de l'été et y resterait jusqu'au 1er septembre: alors, elle regagnerait la ville avec la cuisinière, l'appareil à piler la glace et le tapis persan." p.9
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Le fermier des mois d'été - Les enfants - Le jour où le cochon est tombé dans le puits - Rien qu'une dernière fois - Le ver dans la pomme - La bella lingua - La duchesse - L'âge d'or - Un garçon à Rome - Méli-mélo de personnages qui n'apparaîtront pas... - Mené Mené Téquel ou-Parsîn - Le monde des pommes - Percy - Les bijoux des Cabot -
Je n'ai pas lu toutes les nouvelles d'un seul coup. Je préfère me laisser de l'espace entre chacune d'elles. Je ferai des billets isolés de temps à autre de mes favorites. Cet auteur a vraiment une belle plume et ses nouvelles sont en partie remplies d'atmosphère. Si vous aimez l'action, abstenez-vous.
Je crois comprendre que sa matière première pour écrire est l'ordinaire du quotidien. Je suis toujours impressionnée par les écrivains qui réussisent à captiver mon attention, malgré des banalités que nous comme lecteurs ne percevont plus dans nos vies. Alors John Cheever, nous prend par les émotions et nous fait reculer un peu pour mieux comprendre ses tableaux de familles qu'il arrivent à nous dépeindre avec sensibilité.
Pour mon grand bonheur, il y plusieurs 'vérandas' dans ses textes. J'adore quand les vérandas font partie des éléments d'une histoire. J'ai souvent souligné des phrases bien tournée...
ou de petits extraits:
"À cet instant, l'ombre légère d'un nuage passait sur la façade de la maison. Au bord de la pelouse se trouvait un fauteuil de véranda mis à l'envers qui avait été oublié sous un orage et semblait sécher là depuis l'enfance de Paul."
"La chambre était vieille et agréable - ses parents y dormaient autrefois - et la lumière qui la baignait était tamisée par des feuillages."
"Kasiak se trouvait à l'intérieur du poulailler. L'ombre avait commencé à s'étendre sur le sol, et quelques-uns des volatiles heureux et sots s'étaient perchés pour la nuit."
Tiré de Le fermier des mois d'été.
"Les Chutchman étaient si immensément heureux, ils menaient une existence si raisonnable, ils étaient si comblés par chaque événement que l'on ne pouvait soupçonner que cette apprence de perfection peu ordinaire dissimulait la gravité et la profondeur du mal. Ainsi, leur maison de Hill Street avec toutes ces baies vitrées. Qui, sinon une personne atteinte d'un complexe de culpabilité, aurait envie que tant de lumière se déerse à l'intérieur des pièces qu'elle occupe?..."
Début de Le ver dans la pomme.
Une belle lecture d'été 'à la carte' pas besoin de prendre tout le 'forfait' :) À lire lentement en parcimonie!
