Les métarmophoses
Tome 1-Martine et la princesse Onétropti et Tome 3-La maison musique
Je suis dans la lecture du Tome 2
Publié chez 'La joie de lire'
222 pages
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Les métamorphose - tome 2
C'est avec celui-ci que je découvre cette auteure. Je suis enchantée par ces petits contes, mais surtout par sa philosophie d'écriture. Sensible et attentive, elle favorise vraiment 'l'infiniment petit qui séduit les enfants'.
"L'infiniment petit a toujours séduit les enfants et l'univers des histoires de S. Corinna Bille a la même loi de l'inconscient.
Ce tome 2 est essentiellement composé d'histoires très courtes de Noël. Retiré du rayon de bilbiothèque tout à fait par hasard, quelle belle surprise d'y retrouver cette ambiance de Noël.
Voici ce qu'en dit Maryke de Courten:
"Le thème de mes contes est la métamorphose" écrit Corinna Bille dans une note volante."
Les premières métamorphoses sont celles que la nature opère et qui fascinent l'auteur.
Le présent recueil de contes privilégie l'époque de Noël, les paysages enneigés. A la clarté d'une lune ronde, la fantastique équipée menée par un traineau bondit par-dessus les collines et par-dessus le pont sur le Rhône charriant des blocs de glace étincelants; il traverse de vastes fôrets de pins toujours plus serrés... Dans l'éblouissement devant des fleurs de givre, les cascades transformées en colonnes de glace et l'envoûtant silence que seuls romprent les grelots attachés à l'encolure du cheval, les paysages deviennent soudain surnaturels.
Et voici fondues dans ce cadre mythique de reflets argentés, de pureté et de mystère, des rencontres également surnaturelles: la chèvre aux cornes dorées, l'écureuil blanc qui riait comme une femme et qui s'échappe des mains de Zacharie: de noirs corbeaux qui se balancent méchamment sur les branches et qui, par l'enchantement d'une nuit de Noël, se muent en anges battant des ailes sous le regard étonné de la petite Marie; ou encore la découverte de Ménec le village disparu sous une avalanche il y a des centaines d'années et qui parfois, avec tous ses habitants, reparaît le jour de l'An... D'autres fois, au terme d'une course initiatique, c'est la conquête de l'unique: dissimulée dans les génévriers, au fond de la vallée, une chapelle au clocher à bulbe-de-crocus, ou encore une cabane ou un mayen dont l'apparent abandon cache à peine la fervente attente d'un visiteur pour des sortes de retrouvailles magiques: refuges inespérés, accès immédiat au bonheur.
Il arrive fréquemment dans les contes que la métamorphose se réalise dans la création d'un microcosme. L'infiniment petit a toujours séduit les enfants et l'univers des histoires de Corinna Bille obéit à la même loi de l'inconscient. Les classiques rêveries lilliputiennes permettent à l'enfant de redimensionner l'univers, de le recréer à son goût et à sa mesure, de transposer à son échelle et en sa faveur les rapports de force qu'il entretient avec l'adulte. Ces histoires rassurent puisqu'elles témoignent d'une inversion des valeurs: ce qui est inférieur prend la place de ce qui est supérieur, comme la puissance du petit Poucet bafoue celle du Géant.
Les aventures vécues lors de ces transgressions du réel, la remarquable complicité avec séparent le monde des enfants du monde adulte. La plupart des grandes personnes sont insensibles à l'enchantement et n'y comprennent rien; leur position est résumée par l'épicière de La Poupée qui ne voulait pas rester dans son carton: lorsque la poupée soudain manifeste sa volonté d'une voix argentine, et s'anime au point de se casser la jambe, il est dit de l'épicière: "L'insolite lui déplaisait."
La réduction de la demeure à un faible espace, structure de concentration, est également une composante des contes très appréciée de Corinna Bille, parce que encore une fois la valeur est assimilée au plus petit, au plus condensé. Le Coffret est l'histoire d'une petite boîte peinte contenant des lettres d'amour reçues mais jamais lues; l'intéressée, par un concours de circonstances, ne les ouvrira que lorsqu'elle sera devenue une vieille femme, passant ainsi à côté du bonheur enfermé dans le coffret. <...>
Le Coffret et l'Arbre illustrent remarquablement la puissance de l'infiniment petit. Il en va de même de La Petite Maison, une maison si petite que même les poupées ne pouvaient y entrer. Curieusement, nous ne saurons rien de cette maison sauf qu'elle est petite. A la fin du conte, le mystère demeure entier, mais les jeunes lecteurs et lectrices comprennent instinctivement que toute sa valeur réside dans sa petitesse. Lorsque les gens interrogent la jeune fille qui la possède, et lui demandent ce qu'il y a dedans, l'auteur conclu:
"Il n'y a rien du tout, répondit la jeune fille. Et elle referma doucement la fenêtre."
L'imagination invite l'enfant à rentrer dans sa coquille pour y vivre une vie enroulée, repliée, un repos protégé: la cachette, le refuge sont les puissants symboles qui sous-tendent de tels contes.
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En terminant...
"Sous les yeux d'une mère, trois roses se transforment en trois petites filles, illustrant chacune une part de sa fille unique, divisée, malheureuse, ayant fui la maison; après des années de dévouement aux petites créatures imparfaites, la mère, qui est désormais une vieille femme, a la joie de retrouver des rapports sereins avec sa fille redevenue elle-même, c'est-à-dire unique et épanouie. Le conte figure le destin des mères, rejetées un jour, puis reconnues par leurs enfants au soir de leur vie.
Loin d'être fortuites, la plupart des métamorphoses ont valeur de symboles.
Je souhaite retrouver dans les livres de S. Corinna Bille le chemin de l'infiniment petit, l'enchantement et la complicité qu'on les enfants avec les contes.
Un autre qui semble intéressant pour adulte cette fois..
Collection Babel - Leméac/Acte-Sud
Une oeuvre dominée par le double thème de l'amour et de la mort. L'âpreté de la vie montagnarde, la terre sombre et secrète, les parfums de la végétation, les silences, trouvent leur contrepoint dans une échappée vers le rêve et vers un univers paradisiaque. Par un écrivain suisse d'expression française (1912-1979), épouse de Maurice Chappaz.
Une belle lecture d'hiver!





