Adieu Betty Crocker
Québec-Amérique
2003
161 pages.
Résumé: Arlette, que ses neveux surnommaient Betty Crocker, c'est la tante emblématique de nos enfances, celle qui préparait des carrés aux Rice Crispies et des sandwichs sans croûtes, celle qui savait écouter, celle que tout enfant des années soixantes aurait secrètement voulue comme mère.
Après le décès de sa tante, Benoît Fillion, spécialiste du management, mène une enquête discrète sur cette spécialiste du ménage. Il découvre qu'Arlette souffrait d'une étrange maladie, à la fois banale et déconcertante, et que c'est précisément cette maladie qui faisait d'elle une ménagère si parfaite, une femme si extraordinairement ordinaire.
"François Gravel sait raconter avec humour et émotion; il sait aussi trouver les mots pour nommer le plus simple, le plus habituel, et donner au quotidien apparemment le plus banal une dimension jusque-là insoupçonnée."
Mon avis: C'est la deuxième fois que je lis ce roman. Je l'avais lu lors de sa sortie et...cette semaine. Je l'aime toujours autant! et j'avais oublié une foule de petits détails! Un roman original à cause du sujet traité. L'Agoraphobie. L'histoire se passe à Boucherville dans un nouveau quartier de bungalows dans les années '60. D'ailleurs le lecteur se promène entre les années '60 lorsqu'il s'âgit de Tante Arlette et 2002 lorsque Benoît raconte. Tante Arlette ne sortira pas de sa cuisine durant 30 ans.
Au début Benoît, à mesure qu'il écrit son article, raconte à son épouse la vie de sa tante Arlette. Mais vers la fin du roman, c'est Tante Arlette qui prend la parole et elle va nous expliquer comment elle a vécu avec sa maladie. Rien de larmoyant. Elle se connaissait bien et s'acceptait comme telle. Un roman quand même touchant et tous ceux et celles qui ont souffert de cette maladie se retrouveront sûrement dans les propos d'Arlette.
Un extrait page 109...
Madame et le management, monsieur et le ménage
"Je ne détestais pas les tâches ménagères. (C'est Benoît qui raconte) La lessive, en particulier, me plaît bien. Si on n'a rien d'autre à faire, ce n'est évidemment qu'une corvée insignifiante parmis d'autre, mais si on attend le moment propice - un article à écrire ou un cours à préparer, par exemple - , la corvée devient bénédiction. Le lavage n'est pas une affaire de linge sale, c'est une affaire d'humeur. Arlette serait d'accord avec moi, j'en suis sûr.
Choisir le cycle, mettre du savon à lessive, remplir la machine, refermer le couvercle, ça y est, je peux maintenant m'installer à mon ordinateur, ma prochaine récréation est déjà programmée: dans moins d'une heure, je devrai transférer les vêtements dans la sécheuse, et je bénéficierai d'une pause non seulement légitime mais utile. Monsieur est efficace. Aussi efficace que la ménagère qui sait utiliser les sains principes du management. "Ménage et management", voilà d'ailleurs le titre de mon article. Le ménage, c'est l'administration des choses domestiques, dit le dictionnaire. Pourquoi ne l'étudierait-on pas dans les écoles d'administration? Faire le ménage, c'est entretenir la maison, c'est créer de l'harmonie. Faire le ménage, c'est prendre soin de son entreprise, quelle qu'elle soit, et il n' a pas de petite entreprise, comme je le répète souvent à mes étudiants, pas plus qu'il n'y a pas de petit profit ni de petit bonheur."
C'est vraiment un bon livre plein d'humour et de réalisme!

