KathleenRaine

La magie de l’enfance

Source pour en lire davantage sur les grandes étapes d'une vie.

J'ai affiché des images approximatives qui ressemblent aux descriptions du texte.

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Comme beaucoup d’entre nous, c’est dans son enfance que se trouve la clé de ce qu’elle allait rencontrer dans d’autres dimensions. Quand elle avait sept ans, pendant la Première Guerre mondiale, on l’envoya loin de Londres, aux confins du Northumberland. Les rues et les parcs des villes ne peuvent jamais satisfaire complètement la vue, l’ouïe et le toucher d’un enfant, alors que la campagne le fait à tout instant.

 

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Les nombreuses nuances de vert, par exemple, de la plus pâle à la plus intense, la majesté du ciel, le bruit du vent dans les arbres, la touche d’herbe tendre et des jeunes feuilles sont des expériences fondamentales qui, vécues par un enfant sensible et attentif, peuvent se conserver à jamais dans son cœur.

Il en fut ainsi pour Kathleen Raine. Elle vivait avec sa tante, une institutrice, au Manse, une “maison tout à fait charmante de la campagne du Nord”.

 

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Le jardin du Manse était “ plein d’arbres, de fleurs et d’affleurements rocheux”. Après l’école et le samedi, elle pouvait partir en exploration.

(Je reconnais dans ce texte de Kathleen Raine, une sorte de parenté avec le roman d'Élizabeht Gilbert 'L'empreinte de toute choses' quand Wilma Withaker entre dans la grotte des mousses à Thahiti.. Il y a ce sentiment de transcendane. Quelque chose de plus grand que nous, quelque chose qui nous dépasse, comme l'exprime aussi Hubert Reeves dans son livre 'Je n'aurai pas le temps' quand il parle de la musique.

Aussi, on parle de transcendance dans le roman de Louisa May Alcott (Les quatres filles du Dr March)

“Comme un véritable aborigène, je connaissais dans un rayon d’autant de kilomètres que je pouvais parcourir en une journée chaque rocher, chaque cavité, chaque marais, chaque source et chenal de pierre, tous les arbres, toutes les plantes rares poussant dans les rochers, tous les nids de vanneaux et tous les tas d’os de moutons blanchis. Je connaissais mon île aussi bien que Caliban et Robinson Crusoé connaissaient les leurs.

“Après le thé, je partais en courant vers la lande qui s’étendait derrière la maison

 

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– en courant parce que l’endroit que j’aimais était loin de Manse. Je montais une pente de bruyère, descendais un rocher escarpé – un petit escarpement herbeux – puis remontais la longue pente suivante jusqu’à un second escarpement, plus sauvage, plus haut et plus pierreux, où poussaient des joncs secs et de dures fougères polypodes dont les racines, en grandissant, fendaient les rochers.

Arrivée là, je n’étais jamais sûre du chemin à suivre, mais je finissais toujours par trouver l’endroit. Je descendais, mon pouls s’accélérant sous l’effet de la peur tandis que je m’agrippais sous mon poids. Après avoir traversé une petite cheminée calcaire et continué jusqu’à une corniche très étroite, je retrouvais ma chapelle secrète – ou quelque chose à mi-chemin entre une chapelle et un terrier de lièvre.

“Cette douce mer d’herbe fine avec le rocher qui s’élevait au-dessus d’elle, couverte d’une abondance de fougères telle que je n’en ai jamais vu, était pour moi ce centre et cet axe du monde que les êtres humains ne cessent de chercher. Par droit de naissance, chacun de nous est le centre de son propre monde. Mais bien souvent nous perdons ce sentiment et croyons que le centre est Paris, Moscou, les Trois Sœurs ou l’Oxford de Jude l’Obscur, ou les îles de Corail du Pacifique, les sources du Gange, ou la soirée à laquelle nous n’avons pas été invités. Ce sentiment de l’ici et maintenant nous échappe et nous le poursuivons, incapables d’être heureux tant que nous ne l’avons pas rattrapé, si nous y parvenons jamais ! Le monde est plein d’exilés, peut-être sommes-nous presque tous des exilés une partie de notre vie.

“Mais là, je possédais ce centre, et j’étais posée comme un oiseau sur son nid, en sécurité, invisible, faisant partie de la distance, avec le monde, le jour et la nuit, le vent et la lumière qui tournaient autour de moi dans le ciel. Il n’y avait plus aucune différence entre le lointain et le proche et j’étais dans le tout, aussi bien que mes yeux pouvaient voir, jusqu’à la tombée de la nuit. Le vent et la pluie étaient comme les éléments en ébullition dans un flacon de verre, pour mon esprit solipsiste d’enfant c’étaient la terre et le ciel en entier. Le soleil, les nuages, le vent dominant, le frémissement des roseaux secs, le ciel à l’Occident ne faisaient qu’un. Jusqu’à ce que la fraîcheur du soir, la pluie ou la peur de l’obscurité me ramènent en courant à la maison pour y trouver la sécurité du monde humain, moins parfait, dans lequel j’entrais en clignant des yeux quand je revenais dans la lumière de la lampe à pétrole de la cuisine.” (Farewell Happy Fieds)

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Ces souvenirs d’enfance devaient venir la hanter tout au long de sa turbulente vie sentimentale. Après avoir obtenu sa licence de botanique à l’université de Cambridge, elle contracta un bref mariage qui ne dura pas, puis un autre, plus long, qui échoua également, dont naquirent un fils et une fille. Munie de peu d’argent et douloureusement engagée dans une nouvelle histoire d’amour malheureuse, elle emmena ses enfants, durant la Seconde Guerre mondiale, dans un petit presbytère éloigné du district du Lac. Là, elle retrouva le monde qu’elle pensait avoir perdu à jamais.

 

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“C’était comme si la même multitude de perce-neiges avait attendu mon retour, et le bruit du ruisseau qui coulait à travers la prairie, le bruit du même feu brûlant toute la nuit que j’avais entendu, étendue dans mon lit, dans la chambre bleue du Manse. »

(The Land Unknown)

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J'ai déjà fait un billet sur cette dame.

Vous pouvez le relire ici si le coeur vous en dit:

Adieu prairies heureuses

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